Mai a une particularité. Les comptes sont à jour, les déclarations sont parties, les liasses fiscales sont transmises. Tout le monde respire un peu. Et c'est précisément ce qui rend ce mois dangereux. Parce qu'on confond ce moment de soulagement administratif avec une réalité de pilotage qui, elle, continue d'avancer sans qu'on la regarde.
Voici quatre choses que je remets en route systématiquement chez les dirigeants que j'accompagne, à ce moment précis de l'année.
1. Mai n'est pas un mois pour se reposer. C'est le dernier moment pour reprendre la main avant l'été.
J'observe la même mécanique chaque année.
Avril et mai sont des mois denses. Bilan, comptes annuels, IS, liasse fiscale, arbitrages avec l'expert-comptable, dernières discussions avec le commissaire aux comptes le cas échéant. Quand tout cela est bouclé, les dirigeants et leurs équipes ont une vraie fatigue. La tentation de relâcher est légitime.
Mais c'est une tentation coûteuse, pour deux raisons.
La première, c'est que mai est un point de mi-parcours. La moitié de l'année est presque consommée. La vraie question n'est pas de savoir si le bilan que l'on vient de produire est conforme, c'est de savoir si les problèmes qu'il a révélés sont en train d'être traités cette année, ou si on les laisse tranquillement se reproduire.
La deuxième, c'est que la fenêtre se referme vite. Juin marque déjà l'entrée dans la zone estivale. Entre les congés des équipes, des clients, des banquiers et des partenaires, peu de décisions structurantes peuvent être prises avant septembre. Ce qui n'est pas mis en mouvement en mai sera mis en pause pendant quatre mois.
Mai est donc le dernier moment de l'année où l'on peut encore engager une décision et la voir produire un effet avant la rentrée. Une fois passée cette fenêtre, on ne pilote plus, on attend.
2. Être à jour administrativement n'est pas être à jour dans son pilotage.
C'est la confusion qui s'installe le plus vite à cette période.
Le dirigeant me reçoit avec une plaquette de chiffres propres. Le bilan est arrêté, le compte de résultat est commenté, la TVA est à jour, l'expert-comptable a fait son travail. Tout est en ordre.
Et pourtant, quand je lui pose trois questions simples, le flou revient.
La comptabilité raconte ce qui s'est passé. Le pilotage financier prépare ce qui va se passer. Tant que la sortie de clôture n'est pas suivie d'un cycle de pilotage, le dirigeant reste informé sans être outillé pour décider.
3. Le vrai sujet n'est pas la rentabilité. C'est le tempo.
Sur une mission récente, un dirigeant m'a dit une phrase que j'entends à chaque trimestre.
"Je ne comprends pas. L'entreprise gagne de l'argent, mais je suis toujours tendu sur la trésorerie."
C'était une PME de services à 3 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec un carnet de commandes solide, une marge correcte et une équipe en place. Sur le papier, tous les indicateurs étaient au vert.
Quand on a déroulé son cycle d'exploitation, le problème n'était pas dans la rentabilité. Il était dans le tempo.
Les ventes étaient signées vite, mais la facturation arrivait avec retard. Les encaissements clients étaient irréguliers. Et les charges fixes, elles, ne prenaient jamais de congés.
La rentabilité est une photographie. La trésorerie est un mouvement. Une entreprise rentable mais mal cadencée peut se mettre en tension sans qu'aucun indicateur de performance ne s'allume.
C'est précisément là que le pilotage financier devient indispensable, non pas pour redresser la marge, mais pour gérer le décalage entre ce qui rentre et ce qui sort, semaine après semaine.
4. Classer les encaissements par niveau de certitude change la décision.
Quand j'arrive sur une mission, l'un des premiers gestes que je pose est volontairement simple. Je prends la liste des encaissements attendus du dirigeant et je les classe en trois catégories.
Dans neuf cas sur dix, le dirigeant pilotait sa trésorerie en additionnant ces trois catégories comme si elles avaient le même poids.
Refaire l'exercice avec un classement par certitude change instantanément la décision. Certains projets sont reportés, certaines relances deviennent prioritaires, certains financements deviennent évidents.
Cette segmentation prend une heure à construire. Elle évite des mois de pilotage à l'aveugle.
5. La discipline bat la complexité, à chaque fois.
J'ai vu des PME équipées d'outils de pilotage sophistiqués qui n'étaient ouverts que deux fois par an. J'ai vu d'autres PME tenir un tableur très simple, mis à jour chaque vendredi, qui leur a évité trois crises consécutives.
Le bon outil financier n'impressionne pas. Il évite les mauvaises surprises.
Ce qui fait la valeur d'un outil de pilotage, ce n'est pas son architecture. C'est la régularité avec laquelle il est ouvert, lu, et utilisé pour trancher.
Pour qu'un cash forecast serve réellement, trois conditions sont nécessaires :
Sans cette discipline, l'outil le plus complet ne sert à rien. Avec elle, l'outil le plus simple suffit à transformer la posture du dirigeant.
Avant la fin du mois
Pendant que les dossiers se ferment, la trajectoire continue d'avancer. Les six prochaines semaines vont produire des décisions, qu'elles soient prises à temps ou subies en urgence.
Avant la fin du mois, posez-vous cette question.
Si aucun gros encaissement imprévu n'arrive dans les six prochaines semaines, quelles décisions devrez-vous prendre maintenant plutôt que dans l'urgence ?
Cette question est inconfortable. C'est plutôt bon signe. Les bonnes questions financières ne sont pas là pour rassurer. Elles sont là pour éviter de découvrir trop tard ce que l'entreprise savait déjà, mais ne regardait pas encore.
Je suis Ebenezer MOUSSIO, DAF externalisé et fondateur de NOUORG.
Ce que vous ne décidez pas en mai, vous le subirez en septembre.
Si une des questions posées dans cet article vous laisse sans réponse claire, c'est souvent le bon moment d'en parler.
Nous accompagnons des dirigeants de PME qui veulent passer d'un pilotage subi à un pilotage choisi. Trente minutes suffisent pour savoir si une mission a du sens, et si oui, sous quel format.
Notre agenda est ouvert : zcal.co/i/4gOrsd2d Pour un premier échange par écrit : info@nouorg.com
#PME #DAF #PilotagePME #DirigeantsPME #Trésorerie














