Depuis le début de l'année, un signal est passé sous les radars de beaucoup de dirigeants : l'inflation est repartie. Tombée à 0,3 % en janvier, elle atteint 2,4 % en mai, selon l'INSEE. En parallèle, les défaillances d'entreprises dépassent les 70 000 sur un an d'après la Banque de France, au-dessus de leur niveau d'avant-Covid. Le réflexe est humain : dans un climat anxiogène, on garde du cash, on se rassure avec un solde qui grossit.
Mais une trésorerie pleine et une entreprise solide n'ont rien à voir. Votre cash disponible mérite une décision, pas une accumulation.
Le faux confort d'une trésorerie pleine
Quand un dirigeant me montre son solde bancaire avec fierté, je pose toujours la même question : à quoi sert cet argent ? La plupart du temps, il n'y a pas de réponse. Le cash est là, il rassure, et personne ne décide rien.
C'est précisément le piège. Une trésorerie qui grossit sans intention n'est pas un signe de santé, c'est un signe d'immobilisme. Les PME de services que nous accompagnons conservent en général l'équivalent de deux à quatre mois de charges fixes en sécurité, ce qui est sain. Au-delà, chaque euro supplémentaire qui dort sur le compte courant perd lentement de la valeur. Et le décor a changé : avec une inflation revenue à 2,4 % en mai, tout support qui rapporte moins ne protège plus rien en termes réels. Le Livret A plafonne à 1,5 %, les meilleurs comptes à terme tournent autour de 2,5 % brut, les fonds euros à peine mieux. Autrement dit, même votre argent « bien rangé » recule.
Tout euro de trésorerie a quatre usages
Une fois passé le seuil de sécurité, votre cash disponible n'a que quatre destinations possibles :
Quatre usages, pas un de plus. Le problème, c'est que la majorité des dirigeants n'en pilote qu'un seul, par habitude, et subit les trois autres. Celui qui rembourse par réflexe ne se demande jamais si ces 50 000 euros auraient rapporté davantage placés sur un commercial supplémentaire. Celui qui accumule oublie que rembourser un crédit à 3,5 % — le coût moyen actuel d'un financement de PME selon la Banque de France — délivre un rendement garanti supérieur à n'importe quel placement sans risque.
Trois critères avant de trancher, et le rendement n'en fait pas partie
Quand j'aide un dirigeant à arbitrer, je ne commence jamais par le rendement attendu. Je commence par trois questions :
Un investissement à fort rendement mais irréversible, qui assèche le cash pendant huit mois, reste plus dangereux qu'un projet modeste et flexible. Le rendement séduit, la liquidité protège. Dans une année où les défaillances franchissent les 70 000, inverser cet ordre se paie comptant.
Le coût d'opportunité que personne ne chiffre
Voici la partie invisible. Chaque euro que vous immobilisez quelque part est un euro que vous refusez ailleurs. Ce renoncement porte un nom : le coût d'opportunité, le gain auquel vous renoncez en retenant une option plutôt qu'une autre.
Prenons 200 000 euros laissés dormants par prudence. À 2,4 % d'inflation, vous perdez déjà près de 4 800 euros de pouvoir d'achat par an, sans avoir rien décidé. Ajoutez ce que ces 200 000 euros auraient produit en croissance ou en désendettement, et la facture grimpe vite. Ce renoncement ne figure sur aucune ligne comptable, et c'est exactement pour cette raison qu'il reste si coûteux.
La trésorerie excédentaire n'est jamais neutre. Elle a un prix. Simplement, vous ne le voyez pas, parce que personne autour de vous ne le calcule.
Alors la vraie question de pilotage n'est pas combien vous avez sur le compte. C'est ce que vous décidez d'en faire, et à quelle échéance vous revisitez ce choix.
À quel niveau de trésorerie commencez-vous à vous sentir trop prudent, plutôt que prudent ?
Je suis Ebenezer MOUSSIO, DAF externalisé et fondateur de NOUORG. Ce que vous ne décidez pas cet été, vous le subirez à la rentrée. Si une des questions posées dans cet article vous laisse sans réponse claire, c'est souvent le bon moment d'en parler. Nous accompagnons des dirigeants de PME qui veulent passer d'un pilotage subi à un pilotage choisi. Trente minutes suffisent pour savoir si une mission a du sens, et si oui, sous quel format. Notre agenda est ouvert : zcal.co/i/4gOrsd2d — Pour un premier échange par écrit : info@nouorg.com
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